Slovaquie


Au quotidien en Slovaquie

Ivan et Helena Akimov vont au devant de cette population qui a souvent une perception négative de sa propre identité ethnique. Une perception positive de leur appartenance doit passer par une valorisation de leur culture et de l´identité tsigane, c'est à dire par l’apprentissage informel de codes sociaux qui permettent aux jeunes de communiquer avec leur communauté mais aussi de s’orienter dans la société majoritaire.

Dans ce contexte, les membres de l’association doivent braver un certain nombre de difficultés pour poursuivre les activités. Tout d'abord, malgré les contacts établis avec les autorités locales et les institutions culturelles, ces dernières ne se sentent pas suffisamment concernées par le projet. D'autre part, le déplacement des enfants des différents bidonvilles jusqu'à Kežmarok, où ont lieu les répétitions et le retour dans leurs localités soulèvent de nombreux problèmes logistiques. Ensuite, les répétitions se déroulent dans le couloir qui jouxte l'entrée d'un immeuble d'habitation, donc sans chauffage, ni point d'eau indépendant.

Tous les jours, une trentaine d’enfants répètent dans ce local. Des anciens danseurs sont devenus encadrants et professeurs. Ils participent ainsi à l’élaboration des chorégraphies mais également au respect de celles-ci et au dynamisme du groupe.

Le travail de l'association en Slovaquie ne s'arrête cependant pas aux répétitions. Il comprend aussi un contact permanent avec leurs parents, d'autant plus que le projet a aussi ses dimensions internationales et européennes et que les responsables doivent convaincre les parents de leur confier leurs enfants. Ivan Akimov a ainsi un rôle important de médiateur. Seul membre de l’association non-Rom, il a réussi à établir une relation de confiance avec les parents et enfants, relation qu’il faut entretenir au quotidien pour conserver un travail efficace.

Zoom sur le festival en Slovaquie


Le festival Akaname illustre la volonté d’Ivan Akimov et des Kesaj Tchave d’aller au devant d’un maximum de Roms de plusieurs bidonvilles de la région de Kezmarok.

Le festival existe depuis 2006 et est organisé chaque année par Ivan Akimov et les membres du groupe Kesaj Tchave. Il a lieu vers la fin mai, début juin aux pieds des monts Tatras slovaques. "Akana me!" signifie en langue romani "Maintenant, à moi!". Ceci pour signifier, que même en ce milieu d’apparence ingrat que sont les colonies-bidonvilles roms, il peut y avoir une occasion, pour tout un chacun, de se présenter devant les siens dans une démarche culturelle et sociale qui sort du contexte du quotidien ordinaire peu propice a ce genre de manifestations. Le Festival "Akana me!", donne un cadre pour que les habitants de ces "zones hors influence majoritaire" puissent, le temps d´un événement ponctuel, évoluer et se produire dans leur milieu habituel, dans un contexte inhabituel - celui d’un événement culturel conçu et organisé pour le bien de tous, à seule fin utile que de passer ensemble un agréable moment festif avec la participation du plus grand nombre de ses habitants et aussi de ceux des localités voisines. Le festival donne une place privilégié aux enfants comme aux plus anciens de faire preuve de leur talent, adresse et courage devant les siens. C’est aussi une plateforme artistique pour les solistes et les groupes qui n’ont pas souvent l’occasion de se produire en public.

Le groupe Kesaj Tchave participe en tant qu’organisateur de l’événement et aussi en tant qu’intervenant artistique de premier plan, puisqu’il est attendu par le public impatient, qui ne manque pas de sens critique parfois exacerbé, et chaque passage devant un tel parterre est une épreuve de vérité où il n’y a aucune sortie de secours et où l’engagement doit être sans faille. La culture populaire se conjugue parfaitement avec le sport, et le football en est un tenant incontournable. C’est pourquoi les rencontres artistiques de l´après midi sont précédées dans la matinée de rencontres sportives, excellente introduction aux festivités culturelles qui constituent le gros du festival.

En 2010, la cinquième édition a connu des difficultés dues à de terribles inondations ayant frappé le pays et notamment la région de Kezmarok. Malgré cela, des aménagements ont été créés pour organiser un spectacle dans le bidonville de LETANOVCE. Le groupe français Les Ogres de Barback a joué aux côtés des Kesaj Tchave sous une chaleur tropicale.

Cette édition a eu un double rôle symbolique. Tout d’abord par le maintien du festival malgré le drame des inondations que venait de subir la région mais aussi par le lieu du spectacle. Le bidonville de Letanovce est effet appelé à disparaître prochainement. Il est  situé à proximité du Parc National du Paradis Slovaque et ses habitants vont être délogés dans un autre village, construit à cet effet non loin de là. Ce "déménagement" a posé énormément de problèmes et a été suivi de près par les médias au niveau international. Trouver une localité apte à recevoir les habitants de Letanovce a posé des difficultés considérables (pétitions, obstructions, agressions). Un compromis a cependant été trouvé en construisant les nouveaux logements sur un espace à cheval sur plusieurs communes, aucune n’accueillant ainsi les nouveaux venus en totalité. Plusieurs échéances ont étés fixées, mais à l´heure actuelle, personne ne sait quand exactement la "délocalisation" tsigane aura lieu. En organisant un spectacle interbidonville sur ces lieux, c’est un adieu festif qui a été offert aux habitants de Letanovce, tout en leur permettant de s’affirmer en tant que citoyens responsables, s’assumant dans une manifestation culturelle de haut niveau même dans cet environnement ingrat qui constitue leur lieu de vie.


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